Du 2 au 5 décembre 2025, la commune rurale de Satiri, dans la province du Houet, a accueilli une délégation de la Plateforme nationale Multi Acteurs sur le Foncier (PMAF). Cette visite de terrain avait pour objectif d’évaluer la mise en œuvre de la loi foncière rurale et de recueillir les préoccupations des populations locales, notamment celles des femmes sur l’accès sécurisé à la terre.
𝐔𝐧𝐞 𝐥𝐨𝐢 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐬𝐞́𝐜𝐮𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐢𝐞𝐫𝐬

Adoptée en 2009, la loi n°034-2009/AN sur le régime foncier rural reconnaît les droits fonciers coutumiers et confie aux communes rurales la gestion des terres. Elle institue l’Attestation de Possession Foncière Rurale (APFR), un document qui sécurise les droits d’usage et de jouissance des populations tout en ouvrant la voie à une possibilité de transformation en titre de propriété. Cette réforme vise à réduirle les conflits fonciers et à favoriser une exploitation apaisée et durable des terres.
À Satiri, plusieurs acteurs étatiques et non étatiques dont le projet Land At Scale accompagnent la mise en œuvre de cette loi afin de garantir un accès équitable et sécurisé à la terre y compris pour les femmes et les jeunes.
𝐃𝐞𝐬 𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐥𝐨𝐜𝐚𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬
La première journée de la visite a été consacrée à des échanges avec les autorités communales, les services techniques déconcentrés et les instances foncières villageoises. Il ressort que le Service Foncier Rural (SFR) est fonctionnel avec trois agents en poste et que les Commissions Foncières Villageoises (CFV) ainsi que les Commissions de Conciliation Foncière Villageoises (CCFV) sont opérationnelles dans les seize villages de la commune.
Ces structures jouent un rôle clé dans le traitement des demandes d’APFR et dans la résolution des conflits fonciers, qui restent toutefois nombreux.
𝐂𝐨𝐧𝐟𝐥𝐢𝐭𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐞𝐭 𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐚𝐫𝐜𝐡𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬
Les échanges ont mis en lumière plusieurs types de conflits, les conflits inter-villages, les litiges familiaux, les problèmes de limites de terres et les tensions entre agriculteurs et éleveurs. À cela s’ajoutent l’obstruction des espaces pastoraux et des pistes à bétail ainsi que la vente anarchique des terres. Dans certains villages, des transactions informelles à grande échelle menacent la cohésion sociale à l’image du village de Sissora où près de 50 hectares auraient été vendus à une seule personne.
Pour les acteurs locaux, si le processus de sécurisation foncière n’est pas renforcé, ces pratiques pourraient devenir à moyen terme une véritable « bombe sociale ».
𝐋𝐞𝐬 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐨𝐛𝐬𝐭𝐚𝐜𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐜𝐜𝐞̀𝐬 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞
La deuxième journée a été consacrée à un groupe spécifique de femmes dont certaines ont introduit déjà au niveau du Service foncier rural (SFR) de la commune, des demandes d’APFR. Les discussions ont révélé des difficultés majeures tel que le manque de moyens financiers pour exploiter les terres, l’accès limité aux parcelles pour les coopératives féminines et les obstacles à la formalisation des dons verbaux de terres.
Malgré ces contraintes, les femmes perçoivent l’APFR comme un outil essentiel d’autonomisation économique et de sécurisation de leurs droits.
𝐔𝐧 𝐞𝐧𝐣𝐞𝐮 𝐝𝐞 𝐩𝐚𝐢𝐱 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐝𝐞́𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭
La visite terrain de la PMAF à Satiri rappelle que la question foncière est au cœur de la stabilité sociale et du développement rural. Une gestion concertée, inclusive et respectueuse des droits des femmes et des communautés apparaît aujourd’hui comme une condition indispensable pour garantir un avenir apaisé aux populations rurales.
KABORE W Aimée



